Le non-bruit de la voiture électrique, un problème ? - ActiROUTE

Le non-bruit de la voiture électrique, un problème ?

Voiture verte, voiture propre, voiture écologique, voiture du futur, ..., la voiture électrique a été nommée de bien des façons. Elle a aussi suscité de nombreux intérêts, aussi bien de la part des consommateurs à la recherche de véhicules plus respectueux de l'environnement afin de réduire leur impact environnemental, que des constructeurs souhaitant diversifier leur offre sur le marché des voitures. Le véhicule électrique s'intègre également dans la vision idéale de la ville de demain : une ville sans pollution, sans bruit. Si l'éradication de la pollution est une ambition louable et louée de tous, le non-bruit de la voiture électrique peut s'avérer problématique, notamment pour les piétons.

Bruit de la voiture électrique
Les voitures électriques et leurs zéro-émission de Co2 se déclinent en de nombreux modèles de voitures : SUV, berline, citadine.

Quelles sont les dangers pour les piétons ?

Le bruit de la voiture électrique, ou plutôt son absence, peut s'avérer contre-productif pour les usagers de la route, et plus particulièrement les piétons. En effet, ces derniers sont habitués aux bruits émis par un véhicule thermique (moteur essence / diesel) lorsqu'ils marchent dans les rues. De ce fait, ils assimilent leurs sons à leurs présences sur la voie publique et donc, ils agissent en conséquence. Bien qu'ils l'aient appris dans leur enfance, il n'est plus rare qu'ils n'utilisent que cette information pour traverser la rue. Les piétons peuvent alors se retrouver face-à-face un véhicule possédant un moteur électrique. Les risques d'accident sont d'ailleurs plus élevés avec les smombies.

Les personnes atteintes de déficience visuelle sont également vulnérables à l'absence de bruit des véhicules verts, et ce, pour des raisons similaires. Et même si elles sont accompagnées de chiens guides, non entraînés et pas habitués à ces types de voitures. C'est pour cette raison que l'Union Européenne a décidé d'agir l'année dernière.

Installation d'un système d'avertisseur sonore obligatoire

Appelé AVAS (Acoustic Vehicle Alert System), il est désormais installé dans toutes les voitures électriques neuves mais aussi dans les véhicules hybrides neufs. Lorsqu'un véhicule tout électrique ou hybride (rechargeable ou non) circule à moins de 20 km/h, il doit émettre :

Au-delà de 20 km/h, le véhicule fait autant de bruits que ceux possédant un moteur thermique. C'est le cas notamment de la XC40 Recharge T5 de Volvo. En 2021, la législation imposera l'installation de l'AVAS pour tous les modèles électriques et hybrides, et donc mêmes ceux vendus avant 2019. Certains constructeurs automobiles, comme Renault, Kia ou Jaguar, n'ont pas attendu cette réglementation pour le mettre en place dans leurs véhicules. Une question demeure cependant : quels sons doivent émettre les véhicules électriques et hybrides ?

La personnalisation du bruit de la voiture électrique, un futur problème ?

Actuellement, le bruit émis par un véhicule à motorisation électrique est laissé au libre arbitre de chacun. Les constructeurs, comme par exemple les voitures vertes de Ford ou la voiture hybride Prius de Toyota, ont souvent preuve d'originalité.

Le précurseur Renault

L'équipementier français propose aux conducteurs de sa ZOE trois types de son : un son "clinquant", un son "neutre" et un son "sportif". Créé en partenariat avec l'IRCAM, l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique, Andrea Cera, une compositrice électroacoustique, designer sonore et artiste d'installation sonore italienne, le bruit de la ZOE a pour objectif d'être "[détectable] tout en étant "agréable". Ce qui est, à priori, une réussite si on se fie aux commentaires présents sur Internet.

Une collaboration avec Linkin Park pour Mercedes

La marque allemande a également fait appel au service d'artistes musicaux, en l'occurrence du groupe de rock Linkin Park. Les américains ont intégré un groupe de travail en charge de trouver le meilleur bruit artificiel. Le résultat ? Un travail sobre et efficace.

Du classique chez Porsche

Son homologue germanique présente un modèle plus proche de la réalité. Il a choisi de ne pas mettre en place des bruitages artificiels dans ses voitures électriques et hybrides. Pour se faire entendre, Porsche a choisi d'amplifier le bruit initial de ces dernières en installant un haut-parleur externe à l'avant. Ainsi, il espère conserver leur identité de marque. Cette identité est d'ailleurs amenée à évoluer dans les prochains mois / prochaines, selon le retour des clients et le résultat des études menées.

Un imminent compositeur de film pour BMW

Devenu célèbre en composant les bandes originales des films "Le Roi lion", "Gladiateur" ou encore "Pearl Harbor", Hans Zimmer a participé à l'élaboration du bruit de la voiture électrique BWM, la BMW Vision M Next, qui servira de bases aux prochains modèles de véhicules.

Des excès à prévoir avec la personnalisation ?

À travers ces différents exemples, il est facile de comprendre les futurs problèmes apportés par la personnalisation des bruits de la voiture électrique. Jusqu'où peut aller cette personnalisation ? L'année dernière, Tesla a évoqué un possible changement du bruit émis par l'avertisseur sonore. Si l'idée est en apparence anodine, elle peut se montrer dangereuses sur plusieurs points :

  • Le bruit personnalisé sera-t-il aussi pertinent que le klaxon traditionnel pour avertir les autres usagers de la route s'il est choisi par un conducteur lambda. Sur le sujet, la presse évoquait des bruits de chèvre, de sabots de cheval en guise d'exemple.
  • Pourra-t-on personnaliser totalement son klaxon ? Car si certains opteront pour des sons drôles, d'autres pourront choisir des sons qui le sont nettement moins, comme des insultes voir des menaces.

De quoi se poser légitimement des questions sur le sujet. Surtout qu'une grande majorité préférait que les constructeurs auto concentrent leurs énergies sur les batteries au lithium-ion pour qu'elles puissent se recharger davantage. De même ce serait bien d'en améliorer leurs rendements afin d'améliorer l'autonomie des véhicules électriques et d'être en capacité d'effectuer de longs trajets.

Autre piste, certains constructeurs français seraient bien inspirés de s'approcher du gouvernement afin de les aider à développer les bornes de recharge afin que les bornes soient présentes partout en France mais également pour améliorer le temps de charge. Ce n'est pas tout de proposer un bonus écologique en cas d'achat d'un véhicule propre ou encore une prime à la conversion alléchante lors du remplacement d'une voiture thermique polluante. Il faut aussi renforcer les infrastructures, pour en avoir enfin avoir une borne de recharge sur n'importe quelle autoroute par exemple. Car aujourd'hui, les conducteurs préfèrent utiliser leur prise domestique que les bornes rechargeables.