Usage du smartphone et enjeux de sécurité routière
Le smartphone s’est imposé comme un outil central dans notre quotidien, facilitant l’accès à l’information, la communication et l’organisation personnelle. Toutefois, son usage excessif entraîne une dépendance croissante, voire une addiction comportementale, avec des signes tels que l’anxiété en cas d’absence de l’appareil. Ce phénomène est appelé nomophobie.
Les notifications, conçues pour capter l’attention, encouragent une vérification compulsive du téléphone. Cela altère la concentration, stimule des besoins affectifs artificiels (reconnaissance, appartenance) et perturbe les relations sociales. Ainsi, les échanges réels diminuent au profit d’interactions numériques souvent superficielles. Des comportements comme l’interruption constante des moments de convivialité ou la création d’identités virtuelles idéalisées affaiblissent les liens sociaux et l’estime de soi.
Dans le cadre de la sécurité routière, l’usage du smartphone en conduisant constitue un facteur majeur de distraction. Il réduit fortement la vigilance, allonge les temps de réaction et multiplie jusqu’à 23 fois le risque d’accident, y compris en mode mains libres. Les sollicitations visuelles, auditives et cognitives détournent l’attention du conducteur, mettant en danger tous les usagers de la route.
Face à ces dérives, une prise de conscience collective s’impose. Il est crucial de repositionner le smartphone comme un outil et non un substitut à la réalité. Retrouver un équilibre entre vie numérique et interactions concrètes est un enjeu central pour préserver notre bien-être psychologique et notre sécurité au volant.
Appels, SMS et autres distracteurs : quel impact sur la vigilance au volant ?
Longtemps, la somnolence a été considérée comme l’ennemie n° 1 de la sécurité en voiture. Aujourd’hui, sont surtout pointés du doigt les gestes parasites et le portable.
Selon l’étude scientifique d'assurance prévention
L’étude vient de sortir. Elle a été réalisée à la demande d’Assurance Prévention, l’association émanant des assureurs français, entre le 16 et le 24 avril 2024. Pour la première fois, des chiffres clairs mettent en évidence les effets négatifs de tous les gestes parasites que vous pouvez avoir au volant, et qui vous détournent de l’attention portée à votre conduite. Chiffres obtenus au terme de tests sur un éventail d’automobilistes de tous âges.
L’étude a analysé plus de 8 000 km de parcours, avec et sans distracteurs, au travers d’une mise en situation réelle de conduite sur simulateur avec suivi du regard du conducteur. L’étude démontre l’absence de déconnexion des automobilistes aux dispositifs numériques et les risques de la cohabitation entre distracteur et conduite.
- Définition du terme « distracteur » : Un distracteur est un élément qui détourne l’attention du conducteur et diminue sa concentration, réduisant ainsi sa vigilance et détériorant sa prise de décisions, donc sa performance.
76 % des conducteurs utilisent un distracteur au volant
Distracteurs au volant : un usage banalisé
Premier constat de l’étude, l’usage des distracteurs au volant s’est banalisé. Résultat : 76 % des conducteurs utilisent un distracteur au volant (téléphone en kit main libre ou écran tactile du véhicule).
En France, selon l’Assurance Maladie, le risque routier professionnel est la première cause de mortalité au travail. En 2025, avec la reprise massive de la mobilité post-pandémie, cette problématique s’accentue.
L’usage d’un distracteur augmente les risques d’accident
L’étude a permis, pour la première fois, de calculer scientifiquement le temps passé à utiliser différents distracteurs. Par exemple, composer un numéro de téléphone en conduisant demande 35 secondes d’attention en cumulé (le regard du conducteur alternant entre la route et l’écran).
Ce temps passé sur les distracteurs impacte directement la trajectoire des conducteurs : l’usage d’un distracteur multiplie par 13 le temps passé à faire des écarts de trajectoire. En conditions normales, les conducteurs font en permanence des micro-corrections de leur trajectoire. Avec l’usage d’un distracteur, chaque écart a une amplitude plus importante, allant parfois jusqu’au changement de file, notamment lorsque les conducteurs lâchent le volant pour utiliser l’écran tactile.
Autre observation inquiétante, l’usage de distracteurs supprime tous les contrôles de sécurité (rétroviseurs et tableau de bord). Les conducteurs se limitent alors à des va-et-vient entre l’écran et la route.
Enfin, en cas d’urgence, l’usage d’un distracteur augmente le temps de réaction des conducteurs de 60 %. Il passe de 1,25 seconde en moyenne en situation de conduite sans distracteur à 2 secondes avec distracteur.
Conséquence : la présence d’un distracteur augmente les risques d’accident.
L’usage d’un distracteur :
- détourne l’attention du conducteur de la route jusqu’à 35 secondes ;
- multiplie par 13 le temps passé à faire des écarts de trajectoire ;
- supprime à 100 % les contrôles rétroviseurs ;
- augmente le temps de réaction de 60 %.
Chiffres clés liés aux distracteurs :
- En 2022, des défauts d’attention (inattention, usage téléphone ou distracteur numérique) sont relevés chez un conducteur dans 23 % des accidents corporels. Cela a coûté la vie à 431 personnes en France.
(Observatoire national interministériel de la sécurité routière) - L’utilisation du téléphone au volant multiplie par 3 le risque d’accident.
- Un chiffre qui passe même à 23 en cas de lecture d’un SMS.
Le téléphone est le seul dispositif qui cumule les 4 sources de distraction qui peuvent détourner l’attention d’un conducteur (Sécurité routière) :
Rappel de la réglementation sur le téléphone
- L’utilisation ou la consultation d’un téléphone tenu en main en conduisant est interdite.
- Le port à l’oreille de tout dispositif susceptible d’émettre du son est également interdit.
- Seul un dispositif intégré au véhicule est autorisé, même si le risque de distraction, notamment cognitive, demeure
Conseils pour être vigilant au volant
- Mettre son téléphone en mode avion ou le donner à un passager.
- Régler son GPS et sa musique avant de prendre la route.
- Ne pas appeler ou envoyer de message à une personne lorsqu’on sait qu’elle conduit.
- Prévoir des pauses régulières pour s’arrêter, s’aérer et consulter son téléphone.
”Le vrai danger sur la route, c’est quand notre attention se détourne de la conduite. On a tous déjà été tentés de répondre à un message ou de jeter un œil à notre téléphone, pensant que ça ne prendra qu’un instant. Mais ces quelques secondes suffisent à tout faire basculer. Pour notre sécurité et celle des autres, reprenons le contrôle : restons concentrés sur la route.
Joël Polteau, Président du groupe Institut de l’Éducation à la Mobilité dont ActiROUTE fait partie.
Source : Assurance Prévention, été 2024





